Je suis une fille motivée. Par exemple, cet aprèm, je vais courir. Ouais, courir ouais. Remarquez, ça pourrait arriver. La dernière fois, je m’y
attendais pas du tout, par exemple. Je m’étais préparée à y aller, psychologiquement et tout, et j’y suis allée. Ca m’a vachement surprise parce que d’habitude il se passe la chose
suivante : strictement rien. Ou alors si, je fais un truc un peu nul pour me donner bonne conscience, genre faire les vitres ou faire la cuisine.
Enfin si je me fie à ça, ce midi j’ai cuisiné des épinards. C’était absolument dégueulasse, c’est ainsi que j’ai décidé de partager ce moment privilégié
avec vous, bande de petits chanceux. Et si j’en crois les signes, ça semblerait annoncer une bonne aprèm de glandouille.
Je suis pas sûre qu’il était nécessaire de se taper les épinards pour être tranquille, mais on ne sait jamais. Et au moins j’ai bonne conscience, car
(je déteste ce mot, « car », c’est laid non ?) j’ai bouffé des légumes. J’étais debout dans la cuisine, alors oui, je dis « bouffer », parce qu’en plus de ça il
m’apparaît assez nettement qu’il est impossible de manger des épinards avec classe et dignité. D’autant que j’y ai mis trois tonnes de crème fraîche pour faire passer le goût.
Enfin bref, je ne vais pas te mentir, lecteur, depuis le temps qu’on se connaît, tu dois sentir d’ici le poids des copies qui s’amoncellent, pour que je
te raconte ma vie comme ça. Oui, parce que je suis toujours prof. Toujours stagiaire aussi. (Coucou tutrice pourrie de l’an dernier ! ça va ? j’espère bien que non ! bisou). Mais
cette fois-ci je suis dans une ville chicos, tellement que quand j’annonce où j’enseigne, je peux faire le play-back dans ma tête du « oh, ben alors ça va » du mec à qui je parle. Oui
je dis « mec ». Même en cours. Même si je suis prof de français. Mes élèves s’en offusquent, mais comme ils ne savent ni écrire offusquer, ni le conjuguer, je le vis bien. Je vis assez
bien cette année dans l’ensemble, d’ailleurs, et j’ai l’impression d’être aux profs dépressifs anonymes en affirmant que je ne prends plus d’antidépresseurs ni d’anxiolytiques. A propos
d’anxiolytiques, d’ailleurs, le docteur a été mignon l’année dernière. Déjà qu’il m’avait prescrit les antidépresseurs, il devait commencer à sentir que je pouvais le vivre pas super bien, et du
coup il m’a vendu les anxiolytiques comme « un truc à base de plantes ». Ouais, des plantes avec un nom de molécules qui poussent en labo. J’étais pas dupe, mais vraiment j’ai trouvé
que c’était un effort sympa de sa part pour colorier des petites fleurs sur le fond gris de mon début de dépression. (hey, vous avez vu cette super métaphore de taré que je vous fais ? Je me
fous pas de votre gueule, hein !)
Enfin bref, le paquet de copies doit bien avoisiner les quatre centimètres (il en a une grosse pour un paquet de copies. Pardon, c’était le quota de
blagues inadmissibles). Et plus il monte, moins j’ai envie de m’y coller (contrairement à… ouais non, le quota est dépassé).
Et c’est ainsi qu’aller courir va me paraître un truc à ranger dans la catégorie des alibis face à l’affreux paquet de copies. (syndrome de la rime de
merde, le retour)
J’espère que vous ça va, sinon. J’ai l’intention de revenir ici, mais je me connais, alors je ne vous promets rien.
La mère de Kévina m’a mis un mot dans le carnet. C’est quand même pas banal, je veux dire : c’est moi la prof. En plus, Kévina, je ne lui
mets quasiment jamais de mot dans le carnet, je sais bien qu’elle s’en cogne grave. J’avais déjà supputé que la mère de Kévina était certainement trop coulante avec sa fille. J’étais assez loin
de la vérité.
Pourtant, la mère de sa copine Emma m’avait déjà donné un bel aperçu de « trop coulante avec sa fille », en me tenant la jambe cinq
minutes au téléphone dans un échange surréaliste à base de « je suis choquée de l’intitulé du billet de retard, je suis choquée, choquée, ma fille n’a jamais fait une chose pareille,
blablabla, mais je ne prends pas du tout son parti, hein ». J’avais un peu mieux compris en la croisant au collège. Je ne l’avais jamais vue, mais j’ai tout de suite su que c’était
elle : bottes à talons aiguilles de trente centimètres de haut, jean moulant, surmaquillée, et flanquée de sa saloperie de progéniture, qui elle n’a pas encore trop l’esprit pétasse – Dieu
l’en préserve, elle a suffisamment de tares comme ça. C’est à cette occasion que j’ai appréhendé le concept de « pétasse overdosée de Loft Story pendant la grossesse ». Ca fait mal, sur
le coup.
La mère de Kévina m’a écrit un mot pour me faire part de sa colère, elle voudrait me rencontrer dans « les plus bref délai », parce
qu’elle est « choken » des « insultes » que j’avais faites à sa fille. Fautes d’orthographes respectées. Le tout dans une calligraphie qui m’a décidément laissé penser que ce
torchon pouvait être l’œuvre de la fille. J’en ai parlé à la CPE qui m’a confirmé que non non, c’était bien la mère. Good lord. Cette fois-ci, je crois que j’ai touché le fond. Du moins j’espère.
Mon Dieu, faites que je ne rencontre jamais pire !
Ma mère fait cuire un sabodet. Un putain de sabodet. Dire que j’ignorais l’existence de ce truc jusqu’à hier. C’est un saucisson – jusque là
ça va à peu près – à base de tête de veau, je crois, ou de porc, enfin bref, d’animal crevé. Et ce truc infâme mijote, et moi j’ai la gerbe.
Mais quand on y réfléchit, c’est pas le pire qui me soit arrivé cette année. Même si je suis calfeutrée dans ma chambre à me boucher le nez.
De toute façon, samedi je déménage, et c’en sera fini des sabodets.
J’ai vingt-trois ans, maintenant. Presque vingt-quatre. Et d’autant plus toutes mes dents qu’on ne m’a jamais enlevé les dents de sagesse –
mais j’en ai juste en haut. Largement majeure, et tellement vaccinée que, non contente d’être à jour, je fais la grippe tous les ans.
Et j’ai peur de perdre ma maman. Moi qui me suis enfuie de chez mon père en emmenant mon chat et en claquant la porte. Nom de Dieu de nom de
Dieu, je crève de trouille. Pourtant, je sais bien que ça ira. Mais en attendant, je flippe.
Et tout cela alors que démarre une année mirifique et chamarrée au collège des flots bleus. Jugez plutôt : une équipe divisée, des
emplois du temps de merde (enfin, le mien ça va), aucune formation ou presque pour moi, aucune information non plus, et pour couronner le tout, N., douze ans, collégienne
faussement-naïve-vraiment-provoc de son état, me déclare la semaine dernière, alors que nous étudiions les champs lexicaux : « Madame, on peut perdre sa virginité quand on fait du
cheval ». Good lord. Je sens que nous allons passer ensemble des moments uniques et privilégiés. Enfin, surtout elle, vu qu’elle me doit une punition à base de consonnes en rouge et voyelles
en bleu. Elle pensera à moi en la faisant, ça m’émeut, tiens.
Quand j’y repense, il faudrait tout de même que je vous fasse un petit coup de magnétoscope arrière pour vous raconter un peu mon entrée dans
ce milieu sensationnel qu’est l’enseignement public du second degré. Premier jour, j’ai toutes mes classes. Dans le lot, une sixième pas piquée des hannetons, avec trois salopards qui se relaient
pour pourrir systématiquement mon cours. Je dois dire que dès le début, j’ai su que j’allais avoir une relation tout à fait particulière avec l’un d’entre eux, qui se collait du scotch partout
sur la gueule. Je lui demande d’arrêter, et j’ai droit à un « attendez, madame, encore un bout ». Good lord, deuxième édition.
La chose que vous devez savoir aussi, c’est qu’il est impossible de se rappeler à quel point on peut être con quand on entre en sixième. Ou
paumé. En tout cas, tout sauf autonome. Une heure montre en main pour expliquer l’organisation du classeur, c’était au-delà de tous mes rêves les plus fous. C’est utile, remarquez. On s’aperçoit
la veille d’un cours qu’on a peut-être prévu un peu juste : pas de panique, rien que pour sortir une feuille et écrire le titre, on a déjà gagné dix minutes. Je dois dire que l’université me
paraît un songe évanescent.
Enfin bref, je pourrais en écrire encore des kilos, mais malheureusement ça pue encore le sabodet, j’ai des cartons à faire et des cours à
préparer, enfin, vous voyez la merde, quoi. Bonjour chez vous !
C’est en allant chez Tonton que je me suis rappelée qu’il fallait que je vous parle d’un truc essentiel. Que dis-je, une
malédiction qui pèse sur moi, depuis cette année, il me semble, ou peut-être avant mais ça ne se manifestait pas pareil. C’était peut-être une autre malédiction, remarquez, enfin
bref.
En premier lieu, il faut savoir que, en règle générale, je hais les gens. C’est comme les clébards, j’aime bien ceux que
je connais, mais j’ai une aversion primaire pour tous les autres. Jusqu’à ce que je les connaisse, hein, une fois que je les connais, je les aime bien (même si par la suite, évidemment, il peut
s’avérer que la première impression était la bonne). Exception faite d’Internet où j’ai plutôt tendance à aimer tout le monde a priori parce qu’on ne sent pas les aisselles des gens, ni leurs
haleines qui puent, ils ne collent pas leurs mains dégueulasses à vos fesses dans le métro en faisant croire que oh pardon on est serrés dites donc : ils sont miraculeusement immatériels. Je
crois que Dieu (vous savez, l’auteur de la célèbre formule « aime ton prochain »), m’en veut un peu pour cette misanthropie primaire et irraisonnée. Du coup, il a décidé de me faire
payer (c’est ça le problème quand on écrit : les rimes malheureuses ; j’avais pourtant trouvé le remède en n’écrivant plus, et voilà que je rechute).
C’est ainsi qu’a commencé le cauchemar de la BU.
Je laisse cette phrase toute seule dans un paragraphe parce que ça fait choc. Puis ça fait plus de place, comme ça vous
allez croire que j’écris plus alors que c’est plein de vide. Bref. Le cauchemar de la BU, donc. Il faut savoir une deuxième chose, sinon on ne comprend pas, c’est que j’ai une vessie de souris.
Donc pour moi, quelques heures à la BU équivalent à un ou deux passages aux toilettes. Une autre chose qu’il faut également savoir, c’est qu’à la BU, ils se sont pas fait chier (haha) quand ils
ont construit les toilettes. Il n’y a pas de vrais murs entre les chiottes, ça donne un peu l’impression qu’ils ont fait tous les travaux de plomberie, et qu’ils se sont dit après « ah
merde, tous ces wc dans une seule pièce, va falloir rajouter des bouts de carton pour cacher ». Dont acte. Les espèce de paravents (je ne peux pas appeler ça des murs) sont à peu près ceux
des chiottes dans Scream (là par contre, je saurais plus vous dire lequel, ça date du collège et des soirées pyjama-films-d’horreur ; peut-être le deux mais un peu au pif), vous
savez, ce mec qui entend un son bizarre dans les chiottes d’à côté, qui colle sa tête au « mur » en contreplaqué merdique, et là tchak ! le tueur lui transperce la tête à travers
le mur, avec son couteau. D’ailleurs cette scène est quand même hautement improbable, quand j’y repense. Déjà parce qu’avec ce genre de murs, qui doivent faire maximum deux mètres de haut (et
encore), et qui laissent un jour de vingt bons centimètres en bas, c’est pas la peine de coller ton oreille au mur en cas de bruit suspect, ça te boucherait une oreille plutôt qu’autre chose.
Non, mieux vaut retenir ta respiration, au pire te mettre debout sur le chiotte si t’es vraiment curieux. Puis aussi, le tueur est hyper précis, parce que fallait quand même savoir que le type
allait coller la tête, et surtout viser le bon endroit. Cela dit, il y a quand même un détail de vrai : je suis sûre qu’avec l’épaisseur de ces murs à la con, un bon couteau rentre comme
dans du beurre.
Je me suis peut-être un peu éloignée, là. Ne me dites rien, je le sens. Notez que c’est pour mieux amener la suite :
maintenant vous visualisez à mort ces chiottes. Réunissez tout ce que je vous ai dit : vous vous doutez que quand j’arrive, je jauge la pièce du regard, et je prends les chiottes les plus
éloignées possibles de toutes les portes déjà fermées. Cette fois-là, j’avais eu de la chance, toute la rangée était libre. Je m’installe au fond, n’aspirant qu’à pisser tranquillou. Hélas,
c’était sans compter sur ma poisse légendaire. Déjà j’entends son pas lourd et pesant arriver. Elle… non, mon Dieu, pas ça ! Elle referme sur elle la porte du chiotte juste à côté du mien.
Au début, évidemment, ça me bloque, et je la maudis de m’empêcher ainsi de me livrer à mon besoin naturel. Mais immédiatement, je repère un détail suspect : généralement, les grosses relou
qui s’installent à côté de toi pissent sans problème tandis que tu n’y parviens pas, paralysée par la pensée que quelqu’un va t’entendre. Et là, aucun bruit de relou qui pisse. Alors que je
l’entendais respirer. J’aurais voulu me mettre à pleurer, à crier, j’aurais voulu lui dire des mots durs, la frapper de mes poings vengeurs. J’ai dû me rendre à l’évidence, vaincue.
J’ai fait pipi tristement, dans une odeur nauséabonde. Cette salope a choisi de se mettre à côté du
seul et unique chiotte de la rangée occupé : le mien. Et pour chier, en plus ! Quelle humiliation !
Ca faisait longtemps, hein, lecteur ? Je t’ai manqué ? Toi aussi tu me manques, tu sais. Dès fois, je m’abîme dans la contemplation de la pluie qui
tombe, par un bel après-midi de novembre et je me demande où est passé le temps où tu mettais ma tête sur mon épaule et que nous écoutions battre à l’unisson nos cœurs amoureux.
Mais nous étions mi-avril et j’attendais les résultats d’admissibilité du capes. C’est comme ça. Du coup, comme je n’avais eu que les vacances de Noël
et que j’avais enchaîné le stage en lycée après les écrits du concours, j’ai fait de la résistance. C’est-à-dire qu’au lieu de bosser, j’ai lu des livres pour ados. Oui, je sais bien que c’est
complètement con et que je me pénalise à faire ça, mais promis, maintenant, je bosse. Et du coup, j’ai commencé à lire par-dessus l’épaule de mon pacsé (eh ouais, je me suis pacsée, je te le
disais, lecteur, il est loin le temps où blablabla) un livre qu’il lisait pour le boulot et dont vous allez certainement entendre parler vu qu’ils sont en train d’adapter un film – j’ai très peur
que ça fasse comme Twilight, encore que le bouquin soit vraiment au-dessus, la bande-annonce est vraiment dégueu – Hunger Games de Suzanne Collins. Bon, j’ai triché, j’ai lu le premier tome en
français (la traduction se lit assez bien, enfin je n’ai pas de souvenirs de trouvailles ignobles).
Au début, il y a des détails qui m’ont un peu gavée. Le nom de l’héroïne, déjà. Je vous le donne en mille : Katniss. Qu’est-ce que ça peut m’agacer ces
inventions à la noix genre « mon personnage ne s’appellera jamais Michel, c’est bien trop commun, moi je suis un auteur O-RI-GI-NAL » – un jour, lecteur, si je fais un roman, mon personnage
s’appellera Michel ou Georges, je n’ai pas encore décidé, mais pas Katniss, je te le promets. Mais par contre, du côté de l’intrigue… des adolescents enfermés dans un grand espace, qui doivent
s’entretuer, il ne peut en rester qu’un… Ca vous fait penser à rien ? Eh oui, Battle Royale, c’est complètement ça ! Donc cette « Katniss » dans ce Battle Royale qui ne dit pas son nom, au début,
je le sentais moyen. Et puis… malgré toute ma mauvaise volonté, je me suis laissé entraîner dans le bouquin. La psychologie du personnage est crédible (et il vaut mieux, dans un récit à la
première personne). Je ne saurais pas expliquer comment, mais on y croit, à cette Katniss, la première personne rend vraiment bien, on n’a pas cette impression de « bad boy de prisu » comme cette
affreuse partie dans Twilight, où c’est Jacob qui raconte à la première personne (c’est d’ailleurs assez pénible de rappeler ici que je l’ai lu). Et puis il se développe petit à petit une
intrigue politique qui arrive pas mal, bref, tout ça se laisse lire.
Arrivée à ce stade, lecteur, il faut que je t’avoue que nous sommes maintenant au mois de mai, relativement avancé, et que j’ai cet article sous le
coude depuis un mois. Comme je ne me souviens plus trop du bouquin, je vais abréger grave ma race, comme ça je pourrai te le poster ce soir même, et ça te fera plaisir. Ou si ça ne te fait pas
plaisir, tu peux aussi te casser. Et oui, l’utilisation du passé composé/plus-que-parfait du deuxième paragraphe est dégueulasse. Mais c’est ça ou pas d’article, alors, que veux-tu ?
Donc pêle-mêle et en résumé, dans le livre on trouve : de la rebellion, de l’amour, des trahisons, un peu de violence (soutenable), de la tristesse (je
crois). Et ça se lit relativement bien en anglais si tu veux progresser. Voilààà.
Ca faisait quelques semaines que je me trimbalais un fond d’écran style film de série z avec des zombies partout. C’est
pas que je l’aimais pas, mais il faut reconnaître qu’il était un peu chargé.
Du coup, j’ai opté pour quelque chose de plus sobre à la place : j’ai mis une photo de la mer. Au début j’avais mis
la photo où Clara vient de se jeter à l’eau, celle où on voit juste sa tête, et celle de la dame à côté. Mais finalement, j’ai trouvé qu’elle manquait de relief, il n’y avait rien qui accrochait
vraiment l’œil. Alors j’en ai mis une autre de sa baignade, où on la voit me faire un signe de la main et un sourire. Un peu plus loin, la dame la regarde.
Qu’est-ce qui m’a pris de mettre cette putain de photo ? Le mois de novembre est déjà bien avancé, on se les caille,
il fait nuit sans arrêt. Et je me colle devant la tronche la mer d’un bleu éclatant, avec au milieu Clara qui me nargue.
Ne vous méprenez pas : je déteste me baigner. D’abord c’est froid, et ensuite j’ai toujours peur de marcher sur une
saloperie de caillou pointu où que sais-je encore. Pourquoi croyez-vous que c’est moi qui tiens l’appareil photo ? Mais cette photo nom de Dieu, c’est les vacances, c’est la glandouille, la
libération, les cahiers au feu et la maîtresse au milieu ! Quand je regarde cette photo, j’ai l’impression que c’est une photo de l’été prochain. Qu’il me reste encore toute cette année à
parcourir avant de rejoindre la vacancière qui me fait signe au loin. J’ai l’impression de l’entendre me dire « à cet été ! » Et en attendant, je suis là à me les geler (vous avez
remarqué vous aussi toutes ces rimes que je fais de phrase en phrase ? Eh bien elles sont involontaires, de la pure déformation professionnelle ma pauvre dame, et j’en colle tellement
partout que je suis devenue incapable d’écrire un texto sans m’y reprendre à trois fois tellement ça échote de partout – quel joli néologisme).
Par ailleurs, si on veut rester dans un plan tripartite, pour être dans le ton de cette année, être « in »,
comme on ne dit pas chez nous, une deuxième partie pourrait porter sur le symbolisme de cette saloperie de mer à la con, à savoir : je me noie totalement. D’abord il y a la grammaire, mais
là je dois dire que je m’en sors mieux que l’année dernière, ce qui n’a rien de difficile, ensuite il y a la dissertation et ses millions de bouquins à lire avant le jour J (quand je pense aux
auteurs qui théorisent des choses en plusieurs volumes ça me révolte), les classiques que je n’ai toujours pas lus, l’ancien français, sa grammaire (différente de la grammaire actuelle), sa
phonétique (à apprendre par cœur), son vocabulaire (et ses mots polysémiques, à se taper par cœur également), et j’en passe. Quand je regarde le retard que j’accumule depuis le début de l’année,
ça me fait une espèce de gigantesque pile mentale, qui va certainement me tomber à un moment où à un autre sur le coin de la gueule.
Et enfin, une troisième partie évoquerait mon retour au boulot tardif. Hélas, ma vie n’est pas
trépidante.
Je prépare cette année encore le CAPES de Lettres Modernes – vous devez me remettre, ça fait deux ans que je suis à la même place, au fond, à
gauche.
Grâce aux réformes de notre aimé ministère, je me retrouve cette année sans équivalences – elles ne sont valables que pour le M2, ce qui est
stupide, je vous l’accorde, étant donné que l’an dernier on pouvait passer son CAPES au sortir d’une licence. Me voilà donc avec ma L3 en poche, une admissibilité au CAPES et des bouts de M1
épars, qui ne valent rien, tandis que j’ai un besoin vital de ce M1 à la con, autant dire : il ne me reste que mes yeux pour pleurer, tout ça à cause de connards au ministère qui, le cul sur
leur chaise, sont en train de piétiner des générations de futurs profs, mais enfin ils s’en foutent, ils mettront leurs enfants dans le privé. D’autant plus que, personne n’étant au courant du
contenu des réformes à venir, je me retrouve avec des informations contradictoires qui m’obligent à couvrir mes arrières pour pouvoir exercer mon futur métier ou même redoubler si j’échoue une
nouvelle fois – Dieu m’en préserve, encore que j’aie brûlé un cierge l’an dernier et que ça n’ait pas réussi, apparemment Dieu n’aime pas trop le fayotage. C’est ainsi que je dois préparer cette
année un mémoire bidon, que je ne rendrai peut-être jamais, et c’est tout naturellement que j’ai pensé à vous.
Pour votre information, j’ai aussi décidé de sécher les cours de M1 tout en fayotant pour pouvoir rendre quand même les travaux qui me sont
demandés, j’espère que vos collègues seront opé cette année parce que l’année dernière c’était pas ça, et je me suis retrouvée à devoir être assidue, croyez bien que ça m’a perdu un temps fou.
J’ose donc espérer que vous allez m’appuyer dans ma démarche.
Vous avez dû remarquer que ça fait longtemps qu’il ne s’est rien passé ici. On ne peut rien vous cacher, petits
coquinous. Mais croyez-moi, il y a une raison à cela. J’aimerais dire « une bonne raison », mais ce serait aller un peu loin.
En fait on peut même trouver plusieurs raisons. La flemme, déjà. Ensuite la honte, rapport à ce qui va suivre. Ben ouais,
on se casse le cul à faire un blog un peu intelligent, genre j’écoute la radio avec mon cerveau, moi, madame, je fais des critiques de films et tout et tout, et puis… ben de temps en temps on
faute, on pèche, que dis-je, on s’engouffre dans l’abîme. Mais aussi c’est pas trop de ma faute, c’est juste parce qu’à la fin de l’été dernier j’avais pas trop la pêche. Du coup, pas conne, je
me suis dit « tiens, et si je joignais l’utile à l’agréable ? », j’ai donc décidé de réviser mon anglais en lisant un livre en anglais. Jusqu’ici tout va bien, mais je sens que
vous commencez à entrevoir l’horrible vérité. Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps : j’ai lu la série des Twilight. Les quatre tomes. Mon Dieu, je… non, ne partez pas ! Je
peux tout expliquer !
J’ai lu le premier parce que j’avais vu le film. Comment ça je m’enfonce ? Non mais pas au cinéma, hein, et puis
c’était pour faire autre chose que de la grammaire. Et Dieu m’a punie en ne me donnant pas mon CAPES. A moins que ce soit le manque de boulot, qui sait. Bref, le film était à chier, tellement que
je crois que je n’ai même pas pris la peine de vous en faire un article, c’est dire. Et donc ça m’a donné envie de lire le bouquin, pour voir si c’était vraiment aussi pourri, et pourquoi il
avait tant de fans. Eh bien vous allez être déçus, je ne vais pas tirer dessus à boulets rouges. Ce livre n’est pas la daube que j’attendais (notez bien que je ne parle que du premier tome, là,
n’allez pas me faire dire que j’ai kiffé le quatre, je vous en voudrais). On ne peut pas vraiment dire qu’il soit bien écrit, comme d’ailleurs on ne peut pas vraiment dire que je sois calée sur
le style dans la langue de Stephenie Meyer. Je lui reproche surtout ses nombreuses répétitions ; elles ne sont pas collées les unes aux autres, mais on retrouve les mêmes expressions
disséminées tout à long du bouquin, et à force, on a envie de demander à la dame de s’acheter un dictionnaire des synonymes. Mais c’est quand même buvable. Au niveau de l’intrigue, on ne peut pas
vraiment dire qu’elle soit recherchée, elle serait même carrément bateau, sans compter que pour les puristes du vampire qui sort le soir et dort dans son cercueil, Edward est une hérésie ;
Edward, c’est le côté glamour des vampires, le côté jeune fille naïve. En revanche, Stephenie est vaaachement forte pour un truc, qui fait la force de ce bouquin, à mon sens : Stephenie sait
parfaitement faire revivre à la lectrice nostalgique ses idylles adolescentes torturées. Ben oui, c’est super con, mais malgré le côté bellâtre des vampires, je me suis laissée prendre au jeu.
J’avais l’impression de me retrouver à mes dix-sept ans, en face de mon ex, mais en mieux, en fantasmé quoi. Twilight, c’est le gros fantasme jamais égalé des amours-passions adolescentes
forcément déçues. Edward est beau, Edward est dangereux, Edward est amoureux et passionné, Edward n’est pas un connard fini qui te promet la lune et finalement se tire, et même cerise sur le
gâteau, Edward ne va pas aux toilettes, Edward n’a pas besoin de se laver mais sent toujours bon : Edward est merveilleux.
Au tome deux par contre, ça commence à se gâter. Pour moi, le tome un se serait suffi à lui-même, il aurait juste fallu
qu’Edward morde Bella à la fin, mais évidemment, si on veut gagner plus de thunes, quatre best-sellers valent mieux qu’un. En fait j’ai lu toute la suite en espérant que ça allait s’améliorer,
mais en sachant pertinemment que ça n’arriverait pas, et puis aussi pour savoir la fin. Le tome deux est un peu une grosse arnaque : tu l’ouvres en attendant une aventure rocambolesque du
valeureux Edward et de la sémillante Bella, sauf qu’Edward se barre au début, et qu’ensuite Bella se plaint. Elle se rapproche ainsi de Jacob, qui fait ce qu’il peut, mais comme Bella se fait
chier, on se fait chier aussi. Si c’était voulu comme moyen, c’est réussi, mais Stephenie en a sans doute fait un peu trop, parce qu’à la fin, quand Edward revient (le faux suspense à deux
balles, vous vous attendiez à quoi ? Evidemment qu’il va revenir sinon comment on fait les deux tomes suivants ?), eh ben il a l’air niais, et finalement on regrette un peu que Bella le
retrouve comme si de rien n’était. On a un peu l’impression d’avoir poireauté tout le tome pour rien. A propos de suspense à deux balles aussi, Stephenie s’est lâchée : depuis le premier
tome, le lecteur se doute que Jacob est un loup-garou ou assimilé ; pour Bella, quand tout concorde, ce n’est pas si évident que ça, et cette greluche reste là à se poser des questions. Si
encore on suivait un autre personnage que cette conne, on pourrait lui trouver des excuses, mais sachant que la focalisation est interne (pour les non-capésiens, ça veut dire qu’on suit
l’histoire à travers les pensées du personnage), l’effet est simplement chiant.
Au tome trois, ils se sont donc retrouvés, et Edward s’en veut beaucoup d’avoir laissé Bella. Moi je lui en ai voulu
d’être revenu, parce que décidemment il n’avait pas la même saveur. Edward pour moi, c’est un peu l’amour au ras des pâquerettes : c’est bien joli, mais il faut se rendre un jour à
l’évidence, on s’est fait des gros films et cet amour parfait ne peut pas exister. Jacob, lui, a toujours autant d’attrait, mais malgré tout, Bella continue à lui préférer cet Edward édulcoré. Au
niveau de l’intrigue, on passe tout le tome à poireauter, comme au tome deux, et en plus on loupe la grosse bataille finale parce que c’est trop dangereux pour Bella. En cours de tome, gros
instant savoureux : Bella aimerait bien tringler, et en fait part à son amoureux. Edward lui explique alors qu’il n’acceptera qu’une fois marié. C’est pour protéger leurs âmes, il lui a dit.
Voilà enfin un livre qui dit la vérité, il faut en finir avec ce relâchement des mœurs : le mariage est le seul cadre acceptable pour le devoir conjugal, et encore, dans le but de
procréer.
Vient ensuite mon tome favori : le tome 4. Edward et Bella se marient, et Bella qui n’appréciait que moyennement
l’idée comprend enfin que c’est l’acte le plus beau au monde, et Jacob a un gros chagrin. Bella tombe enceinte, parce qu’ils ont enfin tringlé. Eh oui, ils ne se sont pas protégés parce que
le sida, c’est rien qu’une maladie de pédés, c’est bien connu, et puis en plus, quoi de plus beau que d’avoir un enfant de son premier amour à dix-huit ans ? Excusez-moi, il faut que j’aille
vomir ; non ce ne sont pas des nausées matinales. D’ailleurs à ce propos, le quatrième tome est une escroquerie de la pire espèce : je m’attendais à une description de l’acte, même
édulcoré, par exemple une description de ce que ressent Bella. Bah rien du tout ! Stephenie s’est doutée que ça serait un exercice périlleux : être excitant mais pas trop, et pas porno
surtout, du coup allez hop, elle n’en a rien dit. Résultat, on passe du bain de minuit directement au lendemain matin. Pour Bella ça avait l’air vachement bien, en revanche le lecteur est hyper
frustré. D’ailleurs pour ne pas se compliquer la vie, Stephenie fait dire à Bella qu’elle n’a pas souvenir d’un moment où Edward aurait déchiqueté deux oreillers, d’ailleurs elle n’a pas l’air de
se souvenir de grand chose. Je ne sais pas vous, mais là c’est un peu gros : si ne ne me rends pas compte de ça au lit, c’est que je pionce. Mais bref. D’ailleurs il faudra qu’elle
m’explique pourquoi les vampires femelles ne peuvent pas procréer mais que les mâles si ; j’ai beau essayer de comprendre, ça reste pour moi un mystère. Et donc ensuite elle accouche, elle
manque de mourir, mais comme elle devient vampire, ça va mieux. A partir de ce moment, Stephenie a grave laissé cours à ses fantasmes les plus débridés, à tel point que ça en devient ridicule. La
magie du premier tome est partie en pleurant, et avec elle, le mystère. Ce tome est d’ailleurs bien chargé en ridicule grâce au livre du milieu (oui, ce tome contient trois livres), raconté par
Jacob, le faux rebelle de service. On sent bien que Stephenie a voulu nous en faire un bad boy au grand coeur, mais rien à faire, ça sonne tellement faux qu’on est désolé pour elle. La fin
est téléphonée de sa race, du coup on s’ennuie, alors que ça se voudrait super tendu.
Enfin je ne vous la raconte pas pour vous en laisser tout le piment, je sens que je vous ai mis l’eau à la bouche et que
vous allez vous empresser d’engloutir ce petit bijou !
Oui oui, la fin de cette note est bâclée, mais vous pouvez me comprendre, il est tard, et puis
c’est plus long que d’habitude. Mais vous ne m’en voulez pas, car vous êtes mignons. D'où le titre, aussi.
EDIT pour Dine : Quelle étourdie je fais, alors que j'ai tant pesté ! Le coup de grâce m'a été
asséné dans ce bouquin au moment où j'ai lu le nom de la fille de Bella et Edward : Renesmee, contraction de Renee (mère de Bella) et Esme ("mère" d'Edward). J'ai un peu revécu l'épilogue niais
de Harry Potter, qui lui aussi recycle des noms de merde, c'était terrible.
Ce blog, c’est un peu le retour des morts-vivants. Mais qu’importe, puisque vous m’aimez, vous serez contents de me voir.
J’ai plein de choses à vous raconter, mais à tous les coups j’aurai la flemme (sachez que je bousille ainsi pas mal de notes). Enfin, vous aurez tout de même celle-là. C’est une note de plus
sponsorisée par France Inter, qui finalement a dû en sponsoriser pas mal, à force.
D’abord, j’ai beaucoup ri en apprenant que 213 000 euros, ce n’était « pas beaucoup d’argent » d’après
Bernard Kouchner. Remarquez, ce n’est pas entièrement faux. Même pas le prix d’une villa à Saint-Trop, que dalle.
Ensuite, je me suis étonnée d’apprendre qu’en été, quand il fait chaud comme en ce moment, il faut non seulement boire,
mais aussi manger. Manger léger, mais manger tout de même, expliquait ce brave pharmacien interrogé, parce que sinon ça peut provoquer des crampes d’estomac, et même des pics d’hypoglycémie. Ca
alors ! Il faudrait manger aussi en été, alors, pas seulement en hiver ?
C’est tout ce que j’ai pour aujourd’hui. Mais repassez plus tard, qui sait, il y aura peut-être un
arrivage.
J’ai été voir Public Enemies. Bon sang, ce que je regrette. Remarquez, ça me permet de faire une note sur mon blog, et
non pas sur Ca casse pas trois pattes à un canard. Parce que sur ce film, il n’y a pas trente-six questions métaphysiques à se poser : c’est nul. Pourri. A chier.
Pas la première demi-heure, je veux bien l’accorder. La première demi-heure, on découvre un peu. C’est mal filmé (en
caméra d’épaule en plus, moi qui adore ça…) et on ne comprend pas tout, mais ça va. Par contre, après, on se rend vite compte que Michael Mann est un grand sentimental : toutes ces petites
prises qu’il a tournées avec amour, les unes après les autres, il ne pourrait tout de même pas les couper ! Non, ça lui ferait trop mal au cœur. Hin le quoi ? Le montage ? Jamais
entendu parler. Ce qui fait qu’on se retrouve avec un assemblage de scènes et non pas avec un film. Et puis, cerise sur le gâteau, immense tour de force, le film a beau être trop long, on ne
comprend quand même pas tout. A un moment, je me suis dit que c’était voulu : c’était pendant une fusillade en pleine nuit, et j’avise ce que je croyais être un flic qui commence à suivre un
autre flic. Je me dis « super, un effet ! Eux non plus ne comprennent plus rien et ils vont commencer à s’entretuer ». En fait non, eux, le réalisateur les avait briefés, ils
savaient où ils allaient. Ils étaient bien les seuls.
Sans parler du fait qu’il a sans doute changé de caméra pour certaines scènes, et que parfois ça donne envie de pleurer.
Le cadrage pourrave, avec l’image pourrave, sur un scénario pourrave, mais pourquoi, grand dieu, pourquoi ? La scène où Marion Cotillard est seule dans son appart puis qu’elle s’en va (après
un habile subterfuge) est un petit bijou. Pour tout vous dire, on dirait du grand reportage, genre Confessions intimes. La qualité de l’image est très travaillée, on se croirait à la
télévision, c’est pour se sentir comme chez soi. Ensuite, c’est filmé en caméra d’épaule si je me souviens bien, ou en tout cas avec des cadrages extrêmement judicieux, tels la contre-plongée en
mouvement. Bref, j’attendais avec impatience la voix-off qui nous aurait raconté les problèmes de voisinage de Billie, et comment elle se rongeait les ongles de pied en attendant
Johnny.
Et la prise de son… une merveille ! En fait ça donne l’impression que tout a été filmé au caméscope : quand les
gens sont bien en face de la caméra, ils hurlent, sinon on ne les entend pas. Mais moi j’ai compris pourquoi ça ne sert à rien d’embaucher un perchiste, parce que ça fait comme dans la vie :
quand on se tourne on entend moins bi… Ah non, tiens.
Allez, la semaine prochaine, Bambou ! Haha, non, quand même.