Ca faisait quelques semaines que je me trimbalais un fond d’écran style film de série z avec des zombies partout. C’est
pas que je l’aimais pas, mais il faut reconnaître qu’il était un peu chargé.
Du coup, j’ai opté pour quelque chose de plus sobre à la place : j’ai mis une photo de la mer. Au début j’avais mis
la photo où Clara vient de se jeter à l’eau, celle où on voit juste sa tête, et celle de la dame à côté. Mais finalement, j’ai trouvé qu’elle manquait de relief, il n’y avait rien qui accrochait
vraiment l’œil. Alors j’en ai mis une autre de sa baignade, où on la voit me faire un signe de la main et un sourire. Un peu plus loin, la dame la regarde.
Qu’est-ce qui m’a pris de mettre cette putain de photo ? Le mois de novembre est déjà bien avancé, on se les caille,
il fait nuit sans arrêt. Et je me colle devant la tronche la mer d’un bleu éclatant, avec au milieu Clara qui me nargue.
Ne vous méprenez pas : je déteste me baigner. D’abord c’est froid, et ensuite j’ai toujours peur de marcher sur une
saloperie de caillou pointu où que sais-je encore. Pourquoi croyez-vous que c’est moi qui tiens l’appareil photo ? Mais cette photo nom de Dieu, c’est les vacances, c’est la glandouille, la
libération, les cahiers au feu et la maîtresse au milieu ! Quand je regarde cette photo, j’ai l’impression que c’est une photo de l’été prochain. Qu’il me reste encore toute cette année à
parcourir avant de rejoindre la vacancière qui me fait signe au loin. J’ai l’impression de l’entendre me dire « à cet été ! » Et en attendant, je suis là à me les geler (vous avez
remarqué vous aussi toutes ces rimes que je fais de phrase en phrase ? Eh bien elles sont involontaires, de la pure déformation professionnelle ma pauvre dame, et j’en colle tellement
partout que je suis devenue incapable d’écrire un texto sans m’y reprendre à trois fois tellement ça échote de partout – quel joli néologisme).
Par ailleurs, si on veut rester dans un plan tripartite, pour être dans le ton de cette année, être « in »,
comme on ne dit pas chez nous, une deuxième partie pourrait porter sur le symbolisme de cette saloperie de mer à la con, à savoir : je me noie totalement. D’abord il y a la grammaire, mais
là je dois dire que je m’en sors mieux que l’année dernière, ce qui n’a rien de difficile, ensuite il y a la dissertation et ses millions de bouquins à lire avant le jour J (quand je pense aux
auteurs qui théorisent des choses en plusieurs volumes ça me révolte), les classiques que je n’ai toujours pas lus, l’ancien français, sa grammaire (différente de la grammaire actuelle), sa
phonétique (à apprendre par cœur), son vocabulaire (et ses mots polysémiques, à se taper par cœur également), et j’en passe. Quand je regarde le retard que j’accumule depuis le début de l’année,
ça me fait une espèce de gigantesque pile mentale, qui va certainement me tomber à un moment où à un autre sur le coin de la gueule.
Et enfin, une troisième partie évoquerait mon retour au boulot tardif. Hélas, ma vie n’est pas
trépidante.
Je prépare cette année encore le CAPES de Lettres Modernes – vous devez me remettre, ça fait deux ans que je suis à la même place, au fond, à
gauche.
Grâce aux réformes de notre aimé ministère, je me retrouve cette année sans équivalences – elles ne sont valables que pour le M2, ce qui est
stupide, je vous l’accorde, étant donné que l’an dernier on pouvait passer son CAPES au sortir d’une licence. Me voilà donc avec ma L3 en poche, une admissibilité au CAPES et des bouts de M1
épars, qui ne valent rien, tandis que j’ai un besoin vital de ce M1 à la con, autant dire : il ne me reste que mes yeux pour pleurer, tout ça à cause de connards au ministère qui, le cul sur
leur chaise, sont en train de piétiner des générations de futurs profs, mais enfin ils s’en foutent, ils mettront leurs enfants dans le privé. D’autant plus que, personne n’étant au courant du
contenu des réformes à venir, je me retrouve avec des informations contradictoires qui m’obligent à couvrir mes arrières pour pouvoir exercer mon futur métier ou même redoubler si j’échoue une
nouvelle fois – Dieu m’en préserve, encore que j’aie brûlé un cierge l’an dernier et que ça n’ait pas réussi, apparemment Dieu n’aime pas trop le fayotage. C’est ainsi que je dois préparer cette
année un mémoire bidon, que je ne rendrai peut-être jamais, et c’est tout naturellement que j’ai pensé à vous.
Pour votre information, j’ai aussi décidé de sécher les cours de M1 tout en fayotant pour pouvoir rendre quand même les travaux qui me sont
demandés, j’espère que vos collègues seront opé cette année parce que l’année dernière c’était pas ça, et je me suis retrouvée à devoir être assidue, croyez bien que ça m’a perdu un temps fou.
J’ose donc espérer que vous allez m’appuyer dans ma démarche.
Vous avez dû remarquer que ça fait longtemps qu’il ne s’est rien passé ici. On ne peut rien vous cacher, petits
coquinous. Mais croyez-moi, il y a une raison à cela. J’aimerais dire « une bonne raison », mais ce serait aller un peu loin.
En fait on peut même trouver plusieurs raisons. La flemme, déjà. Ensuite la honte, rapport à ce qui va suivre. Ben ouais,
on se casse le cul à faire un blog un peu intelligent, genre j’écoute la radio avec mon cerveau, moi, madame, je fais des critiques de films et tout et tout, et puis… ben de temps en temps on
faute, on pèche, que dis-je, on s’engouffre dans l’abîme. Mais aussi c’est pas trop de ma faute, c’est juste parce qu’à la fin de l’été dernier j’avais pas trop la pêche. Du coup, pas conne, je
me suis dit « tiens, et si je joignais l’utile à l’agréable ? », j’ai donc décidé de réviser mon anglais en lisant un livre en anglais. Jusqu’ici tout va bien, mais je sens que
vous commencez à entrevoir l’horrible vérité. Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps : j’ai lu la série des Twilight. Les quatre tomes. Mon Dieu, je… non, ne partez pas ! Je
peux tout expliquer !
J’ai lu le premier parce que j’avais vu le film. Comment ça je m’enfonce ? Non mais pas au cinéma, hein, et puis
c’était pour faire autre chose que de la grammaire. Et Dieu m’a punie en ne me donnant pas mon CAPES. A moins que ce soit le manque de boulot, qui sait. Bref, le film était à chier, tellement que
je crois que je n’ai même pas pris la peine de vous en faire un article, c’est dire. Et donc ça m’a donné envie de lire le bouquin, pour voir si c’était vraiment aussi pourri, et pourquoi il
avait tant de fans. Eh bien vous allez être déçus, je ne vais pas tirer dessus à boulets rouges. Ce livre n’est pas la daube que j’attendais (notez bien que je ne parle que du premier tome, là,
n’allez pas me faire dire que j’ai kiffé le quatre, je vous en voudrais). On ne peut pas vraiment dire qu’il soit bien écrit, comme d’ailleurs on ne peut pas vraiment dire que je sois calée sur
le style dans la langue de Stephenie Meyer. Je lui reproche surtout ses nombreuses répétitions ; elles ne sont pas collées les unes aux autres, mais on retrouve les mêmes expressions
disséminées tout à long du bouquin, et à force, on a envie de demander à la dame de s’acheter un dictionnaire des synonymes. Mais c’est quand même buvable. Au niveau de l’intrigue, on ne peut pas
vraiment dire qu’elle soit recherchée, elle serait même carrément bateau, sans compter que pour les puristes du vampire qui sort le soir et dort dans son cercueil, Edward est une hérésie ;
Edward, c’est le côté glamour des vampires, le côté jeune fille naïve. En revanche, Stephenie est vaaachement forte pour un truc, qui fait la force de ce bouquin, à mon sens : Stephenie sait
parfaitement faire revivre à la lectrice nostalgique ses idylles adolescentes torturées. Ben oui, c’est super con, mais malgré le côté bellâtre des vampires, je me suis laissée prendre au jeu.
J’avais l’impression de me retrouver à mes dix-sept ans, en face de mon ex, mais en mieux, en fantasmé quoi. Twilight, c’est le gros fantasme jamais égalé des amours-passions adolescentes
forcément déçues. Edward est beau, Edward est dangereux, Edward est amoureux et passionné, Edward n’est pas un connard fini qui te promet la lune et finalement se tire, et même cerise sur le
gâteau, Edward ne va pas aux toilettes, Edward n’a pas besoin de se laver mais sent toujours bon : Edward est merveilleux.
Au tome deux par contre, ça commence à se gâter. Pour moi, le tome un se serait suffi à lui-même, il aurait juste fallu
qu’Edward morde Bella à la fin, mais évidemment, si on veut gagner plus de thunes, quatre best-sellers valent mieux qu’un. En fait j’ai lu toute la suite en espérant que ça allait s’améliorer,
mais en sachant pertinemment que ça n’arriverait pas, et puis aussi pour savoir la fin. Le tome deux est un peu une grosse arnaque : tu l’ouvres en attendant une aventure rocambolesque du
valeureux Edward et de la sémillante Bella, sauf qu’Edward se barre au début, et qu’ensuite Bella se plaint. Elle se rapproche ainsi de Jacob, qui fait ce qu’il peut, mais comme Bella se fait
chier, on se fait chier aussi. Si c’était voulu comme moyen, c’est réussi, mais Stephenie en a sans doute fait un peu trop, parce qu’à la fin, quand Edward revient (le faux suspense à deux
balles, vous vous attendiez à quoi ? Evidemment qu’il va revenir sinon comment on fait les deux tomes suivants ?), eh ben il a l’air niais, et finalement on regrette un peu que Bella le
retrouve comme si de rien n’était. On a un peu l’impression d’avoir poireauté tout le tome pour rien. A propos de suspense à deux balles aussi, Stephenie s’est lâchée : depuis le premier
tome, le lecteur se doute que Jacob est un loup-garou ou assimilé ; pour Bella, quand tout concorde, ce n’est pas si évident que ça, et cette greluche reste là à se poser des questions. Si
encore on suivait un autre personnage que cette conne, on pourrait lui trouver des excuses, mais sachant que la focalisation est interne (pour les non-capésiens, ça veut dire qu’on suit
l’histoire à travers les pensées du personnage), l’effet est simplement chiant.
Au tome trois, ils se sont donc retrouvés, et Edward s’en veut beaucoup d’avoir laissé Bella. Moi je lui en ai voulu
d’être revenu, parce que décidemment il n’avait pas la même saveur. Edward pour moi, c’est un peu l’amour au ras des pâquerettes : c’est bien joli, mais il faut se rendre un jour à
l’évidence, on s’est fait des gros films et cet amour parfait ne peut pas exister. Jacob, lui, a toujours autant d’attrait, mais malgré tout, Bella continue à lui préférer cet Edward édulcoré. Au
niveau de l’intrigue, on passe tout le tome à poireauter, comme au tome deux, et en plus on loupe la grosse bataille finale parce que c’est trop dangereux pour Bella. En cours de tome, gros
instant savoureux : Bella aimerait bien tringler, et en fait part à son amoureux. Edward lui explique alors qu’il n’acceptera qu’une fois marié. C’est pour protéger leurs âmes, il lui a dit.
Voilà enfin un livre qui dit la vérité, il faut en finir avec ce relâchement des mœurs : le mariage est le seul cadre acceptable pour le devoir conjugal, et encore, dans le but de
procréer.
Vient ensuite mon tome favori : le tome 4. Edward et Bella se marient, et Bella qui n’appréciait que moyennement
l’idée comprend enfin que c’est l’acte le plus beau au monde, et Jacob a un gros chagrin. Bella tombe enceinte, parce qu’ils ont enfin tringlé. Eh oui, ils ne se sont pas protégés parce que
le sida, c’est rien qu’une maladie de pédés, c’est bien connu, et puis en plus, quoi de plus beau que d’avoir un enfant de son premier amour à dix-huit ans ? Excusez-moi, il faut que j’aille
vomir ; non ce ne sont pas des nausées matinales. D’ailleurs à ce propos, le quatrième tome est une escroquerie de la pire espèce : je m’attendais à une description de l’acte, même
édulcoré, par exemple une description de ce que ressent Bella. Bah rien du tout ! Stephenie s’est doutée que ça serait un exercice périlleux : être excitant mais pas trop, et pas porno
surtout, du coup allez hop, elle n’en a rien dit. Résultat, on passe du bain de minuit directement au lendemain matin. Pour Bella ça avait l’air vachement bien, en revanche le lecteur est hyper
frustré. D’ailleurs pour ne pas se compliquer la vie, Stephenie fait dire à Bella qu’elle n’a pas souvenir d’un moment où Edward aurait déchiqueté deux oreillers, d’ailleurs elle n’a pas l’air de
se souvenir de grand chose. Je ne sais pas vous, mais là c’est un peu gros : si ne ne me rends pas compte de ça au lit, c’est que je pionce. Mais bref. D’ailleurs il faudra qu’elle
m’explique pourquoi les vampires femelles ne peuvent pas procréer mais que les mâles si ; j’ai beau essayer de comprendre, ça reste pour moi un mystère. Et donc ensuite elle accouche, elle
manque de mourir, mais comme elle devient vampire, ça va mieux. A partir de ce moment, Stephenie a grave laissé cours à ses fantasmes les plus débridés, à tel point que ça en devient ridicule. La
magie du premier tome est partie en pleurant, et avec elle, le mystère. Ce tome est d’ailleurs bien chargé en ridicule grâce au livre du milieu (oui, ce tome contient trois livres), raconté par
Jacob, le faux rebelle de service. On sent bien que Stephenie a voulu nous en faire un bad boy au grand coeur, mais rien à faire, ça sonne tellement faux qu’on est désolé pour elle. La fin
est téléphonée de sa race, du coup on s’ennuie, alors que ça se voudrait super tendu.
Enfin je ne vous la raconte pas pour vous en laisser tout le piment, je sens que je vous ai mis l’eau à la bouche et que
vous allez vous empresser d’engloutir ce petit bijou !
Oui oui, la fin de cette note est bâclée, mais vous pouvez me comprendre, il est tard, et puis
c’est plus long que d’habitude. Mais vous ne m’en voulez pas, car vous êtes mignons. D'où le titre, aussi.
EDIT pour Dine : Quelle étourdie je fais, alors que j'ai tant pesté ! Le coup de grâce m'a été
asséné dans ce bouquin au moment où j'ai lu le nom de la fille de Bella et Edward : Renesmee, contraction de Renee (mère de Bella) et Esme ("mère" d'Edward). J'ai un peu revécu l'épilogue niais
de Harry Potter, qui lui aussi recycle des noms de merde, c'était terrible.
Ce blog, c’est un peu le retour des morts-vivants. Mais qu’importe, puisque vous m’aimez, vous serez contents de me voir.
J’ai plein de choses à vous raconter, mais à tous les coups j’aurai la flemme (sachez que je bousille ainsi pas mal de notes). Enfin, vous aurez tout de même celle-là. C’est une note de plus
sponsorisée par France Inter, qui finalement a dû en sponsoriser pas mal, à force.
D’abord, j’ai beaucoup ri en apprenant que 213 000 euros, ce n’était « pas beaucoup d’argent » d’après
Bernard Kouchner. Remarquez, ce n’est pas entièrement faux. Même pas le prix d’une villa à Saint-Trop, que dalle.
Ensuite, je me suis étonnée d’apprendre qu’en été, quand il fait chaud comme en ce moment, il faut non seulement boire,
mais aussi manger. Manger léger, mais manger tout de même, expliquait ce brave pharmacien interrogé, parce que sinon ça peut provoquer des crampes d’estomac, et même des pics d’hypoglycémie. Ca
alors ! Il faudrait manger aussi en été, alors, pas seulement en hiver ?
C’est tout ce que j’ai pour aujourd’hui. Mais repassez plus tard, qui sait, il y aura peut-être un
arrivage.
J’ai été voir Public Enemies. Bon sang, ce que je regrette. Remarquez, ça me permet de faire une note sur mon blog, et
non pas sur Ca casse pas trois pattes à un canard. Parce que sur ce film, il n’y a pas trente-six questions métaphysiques à se poser : c’est nul. Pourri. A chier.
Pas la première demi-heure, je veux bien l’accorder. La première demi-heure, on découvre un peu. C’est mal filmé (en
caméra d’épaule en plus, moi qui adore ça…) et on ne comprend pas tout, mais ça va. Par contre, après, on se rend vite compte que Michael Mann est un grand sentimental : toutes ces petites
prises qu’il a tournées avec amour, les unes après les autres, il ne pourrait tout de même pas les couper ! Non, ça lui ferait trop mal au cœur. Hin le quoi ? Le montage ? Jamais
entendu parler. Ce qui fait qu’on se retrouve avec un assemblage de scènes et non pas avec un film. Et puis, cerise sur le gâteau, immense tour de force, le film a beau être trop long, on ne
comprend quand même pas tout. A un moment, je me suis dit que c’était voulu : c’était pendant une fusillade en pleine nuit, et j’avise ce que je croyais être un flic qui commence à suivre un
autre flic. Je me dis « super, un effet ! Eux non plus ne comprennent plus rien et ils vont commencer à s’entretuer ». En fait non, eux, le réalisateur les avait briefés, ils
savaient où ils allaient. Ils étaient bien les seuls.
Sans parler du fait qu’il a sans doute changé de caméra pour certaines scènes, et que parfois ça donne envie de pleurer.
Le cadrage pourrave, avec l’image pourrave, sur un scénario pourrave, mais pourquoi, grand dieu, pourquoi ? La scène où Marion Cotillard est seule dans son appart puis qu’elle s’en va (après
un habile subterfuge) est un petit bijou. Pour tout vous dire, on dirait du grand reportage, genre Confessions intimes. La qualité de l’image est très travaillée, on se croirait à la
télévision, c’est pour se sentir comme chez soi. Ensuite, c’est filmé en caméra d’épaule si je me souviens bien, ou en tout cas avec des cadrages extrêmement judicieux, tels la contre-plongée en
mouvement. Bref, j’attendais avec impatience la voix-off qui nous aurait raconté les problèmes de voisinage de Billie, et comment elle se rongeait les ongles de pied en attendant
Johnny.
Et la prise de son… une merveille ! En fait ça donne l’impression que tout a été filmé au caméscope : quand les
gens sont bien en face de la caméra, ils hurlent, sinon on ne les entend pas. Mais moi j’ai compris pourquoi ça ne sert à rien d’embaucher un perchiste, parce que ça fait comme dans la vie :
quand on se tourne on entend moins bi… Ah non, tiens.
Allez, la semaine prochaine, Bambou ! Haha, non, quand même.
Quand je pense qu’on est déjà le 10 juillet. Au début de l’année, je me disais que c’était bien loin. Je me demandais
comment je me sentirais. Je me sens pareille que l’année dernière. Je viens de me prendre le mur en pleine face. Évidemment j’ai un peu chialé parce que merde, c’était pourtant pas si haut,
j’aurais pu le faire, si seulement juste là j’avais un peu plus… mais non. Et comme une abrutie, je retourne tranquillement prendre mon élan, avant de me remettre à l’ouvrage. Je me dis que
maintenant je sais, et puis j’ai tellement de classeurs et de livres à empiler que je réussirai bien à faire un tas assez gros pour passer par-dessus. L’an prochain. Sans compter les condoléances
de tout le monde. Et puis je suis philosophe : je me dis qu’un an de plus, ce n’est peut être pas plus mal pour se préparer à affronter la ZEP.
Cependant, je n’ai pas tout raté puisque j’ai eu mon C2i avec 10 tout pile poil, ce dont je ne suis pas peu fière.
Sinon, pour rester dans mes petites habitudes, je viens d’aviser une photo de fille mince à gros seins sur une pub, et en dessous c’est marqué « coach sportif : obtenez un corps de rêve » (ou à peu
près). En vérité, mes sœurs, je vous le dis : faire du sport n’a jamais fait pousser les nichons.
Pas posté depuis longtemps, blablabla, désolée, blablabla, oraux en juin, blablabla,
te faire foutre si t’es pas content.
Donc je suis très occupée. Je révise, je n’ai pas le temps d’écrire, je n’en prends
pas le temps, et je n’en ai pas vraiment l’envie non plus. Et pourtant, hier, j’ai vu ce truc, et je me suis dit « il faut à tout prix que j’en parle ».
Il faut savoir que pas loin de chez moi, il y a des travaux en ce moment. Donc des
trous partout, qui longent le trottoir. Ainsi, en rentrant chez moi hier soir, j’avise trois glandus qui regardent un camion. Je regarde les glandus. Je regarde le camion. Je m’aperçois que le
camion a foiré sa manœuvre (et ce alors que tant de gens aiment à faire la circulation, vous avez remarqué vous aussi le nombre de balourds qui se sentent obligés de vous aider quand vous
manœuvrez alors que vous êtes là bien tranquille dans votre coin et que vous ne demandez rien à personne ?) et qu’il a le cul à moitié dans le trou. Mais attendez, parce que vous me dites
que tout le monde s’en fout, alors que vous ne savez pas le mieux : il y avait une pelleteuse à côté en train d’essayer de le sortir de là. Ah, raté, on s’en fout toujours. Et pourtant, mes
trois glandus restaient plantés là, pour un peu je sens bien qu’ils seraient allés s’acheter du pop-corn. Quand soudain j’entends « mais ça, tu le filmes et tu le fous sur
Internet ! ». Mais… mais… quel peut bien être l’intérêt d’aller regarder sur Internet un camion avec une roue dans un trou ?
Je me dis que les gens n’ont parfois rien à faire, parfois pas de vie, et quelque
part ça me fait plaisir, et même ça m’arrange. Ça m’aide psychologiquement à aller réviser le système éducatif français.
Et tout à coup, enfin, seule. J'ai respiré. Si j'avais pu, je serais partie en Amérique du Sud, mais je n'avais pris que mes clés et mon
portefeuille, dans lequel il restait dix euros, alors je me suis dit que je n'irais pas bien loin de toute façon. Quand je me suis rendu compte que mon portable était resté sur la table de nuit,
pour la première fois depuis longtemps je me suis sentie libre. Finalement je pouvais bien partir en Amérique du Sud puisque personne n'avait plus le pouvoir de me sonner pour me demander "t'es
où ?" Au fond, ça m'angoissait certainement un peu. Je crois que je cherchais l'angoisse pour rester en terrain connu. Ou peut-être que c'est maintenant que je la plaque, rétrospectivement ? Y
a-t-il un mot moins romanesque - rétrospectivement ?
Je me suis demandé ce que j'allais faire tout en fermant la grille. Je pouvais partir loin, très loin. Je pouvais aller n'importe où. Je pouvais partir longtemps, aller me promener, pour
réfléchir, pour rien. Je serais partie loin en fumant des cigarettes, il aurait un peu plus mais mon brushing aurait tenu impec', et quand je serais rentrée quelques heures après, quelqu'un
m'aurait attendue. Mais je sais bien que la vraie vie est moins glamour que le cinéma, et que si je pars longtemps sans prévenir personne, en rentrant je ramasserai un flot d'inquiétudes
visqueuses et je me sentirai mal. Pire encore si je pars en Amérique du Sud parce qu'il faudra me prostituer pour payer l'avion, ou commettre un crime sordide, ou dépouiller quelqu'un. Ce ne sera
pas le happy end tant espéré.
Alors j'ai décidé de m'en tenir au plan prévu et je suis allée chercher le pain. Sur le chemin du retour j'ai quand même mangé le croûton en signe de protestation et j'ai un peu traîné. Trois
minutes plus tard, je tournais la clé dans la serrure.
Comme j’étais une fille cool et en vacances, j’ai acheté des magazines. J’ai donc été avec entrain me fournir pour mon
voyage en train (c’est beau toutes ces répétitions de sonorités, qu’est-ce que vous en dites ?). J’ai pris Jeu de rôle magazine, (je vous le précise pour faire un peu de pub parce que Casus
Belli est mort et qu’il faut quand même qu’on ait un magazine, un jour j’arrêterai les parenthèses) et aussi un magazine de filles dont je me refuse à citer le nom, en partie parce que j’ai un
peu honte.
Faute avouée à demi pardonnée, je le confesse : je lis des magazines féminins. Heula, non, je vous vois venir :
non je ne l’achète pas tous les mois, et c’est heureux parce qu’en la lisant souvent je me demande pourquoi je la lis. C’est ça qui est merveilleux, aujourd’hui. On peut croire que la cause des
femmes a grandement avancé et tout ça – ce qui est vrai d’ailleurs, mais vous savez que j’aime bien contester, parce que je suis une rebelle – et à côté de ça, il y a la presse
féminine.
Et là, dans l’exemplaire que j’ai acheté, j’ai trouvé quelque chose de merveilleux : un article sur les complexes,
qui t’explique que ce n’est pas grave si tu as un gros cul ou les seins qui tombent, avec témoignages de mecs à l’appui. Oui, tu es grosse, mais tu es belle.
Là vraiment, j’hallucine. Toutes les deux pages tu tombes sur de la pub, toujours des salopes de minces, jamais tu
trouveras une fille qui fait plus que du 36, on te file des tas de recettes contre la cellulite, on te vend de la silhouette filiforme, on te fait sentir que déjà, si tu fais un 38, tu devrais
faire un effort, ou du moins surveiller ce que tu bouffes. Remarque, tu ne mangeras jamais de Mac Do même si tu maigris car tu es une femme : personne n’a envie de voir une femme grosse. Tu
dois plaire, donc tu dois faire attention. Sinon tu imposes ta graisse aux autres et c’est choquant. Permets-moi de te rappeler, lectrice à l’aise dans son 40 que tu es ronde, voire
grosse, en tout cas en surpoids et que la bonnasse fait du 36.
Tout ça pour ensuite venir te dire que même grosse, t’es très bien aussi, hein. Mais réfère-toi
quand même au numéro précédent, il y a la recette du régime miracle.
Ceux qui prétendent qu’il est impossible de remonter le temps ont tort. On peut. En fait, c’est même très simple. Il
suffit comme moi d’avoir un ordinateur, et surtout de ne jamais rien supprimer. Il faut tout laisser s’entasser dans des tas de dossiers, à des tas d’endroits. Et un beau jour, remonter ses
manches et dire « allez, je fais du ménage ».
Inutile de vous dire que prendre une telle décision, ce n’est pas rien. Moi par exemple, j’ai mis un bout de temps. Et
plus long encore est le temps passé à trier. Machin.doc, mais c’est quoi ça ? Ouvrir machin.doc, tout relire, et essayer de se rappeler. C’est pas de moi ça. Mais ça peut être à qui ? À
truc ? Ahhh, mais si, à l’autre là, ah oui je me rappelle, olala, mais ça fait au moins cinq ans que j’ai plus de ses nouvelles. Je pourrais peut-être reprendre contact, on s’entendait
bien.
Faire le ménage, c’est se retrouver virtuellement entouré d’un tas d’amis, de tas de connaissances plus ou moins
lointaines. Au début c’est enthousiasmant, on pourrait retrouver tellement de monde. Et puis on se rappelle qu’on s’est brouillé avec truc, que machin, bah, il a fini par être soûlant, qu’un
autre s’est vexé pour une broutille, que décidemment on en regrette un autre encore mais que la vie c’est comme ça, on ne peut pas consacrer de temps à tout le monde, on fait le tri sans s’en
rendre compte, et après il n’y a plus qu’à constater. C’est un peu triste au début, et après ça passera. En ce moment, je suis dans la phase « un peu triste au début ». Je pensais que
ça m’isolerait totalement, mais non. Je me rappelle plein de choses ; je me retrouve à quatorze ans, à quinze ans, je me rappelle comment j’étais, et je constate l’ampleur du chemin
parcouru. J’ai l’impression d’être un personnage sorti d’un tableau. Je regarde le tableau, il n’est pas mal mais j’y suis étrangère désormais. Je le vois de l’extérieur, et même si je voulais,
je ne pourrais pas y retourner.
Ça m’a fait du bien de faire du ménage, je crois. J’ai besoin de ça pour comprendre, pour pardonner, et, paradoxalement,
pour me sentir plus proche de ceux qui m’entourent.
Je me relis et, mon Dieu, c’est affreusement guimauve. Je ne sais pas si c’est mieux que quand je
me plaignais. Enfin j’en ai besoin, et de toute façon vous n’aurez que ça à vous mettre sous a dent en attendant la suite.