Dimanche 21 septembre 2008
Là, tout de suite, actuellement, je préférerais ne pas t'en parler.

A vrai dire, je ne suis pas obligée. C'est même le contraire : tout me dicte de ne pas faire ça. Et puis ce serait stupide, parce que si je l'ai fait, c'est pour éviter de t'en parler. Ou peut-être que t'en parler, ce serait une sorte de stratégie pour qu'on parle de tout ce dont j'évite de te parler. Parce que je crève de trouille. Parce que je ne suis pas sûre de moi. Parce que je ne suis pas sûre de toi non plus.

Mais ce serait quand même stupide.

Quand je te regarde, tout de suite je pense qu'il y a des choses que je ne pourrai jamais te dire. Parce que ce serait stupide, parce que ça n'aurait aucun intérêt et que tu t'en fous, parce que tu crèves de trouille autant que moi. Et pourtant, il faut que tu le saches.

Tu m'as toujours dit ça, oui. Tu m'as dit que j'étais pas pareille que les autres. Que j'étais bizarre, presque pas une fille. Je sais bien, moi, que tu dis ça pour ne pas me faire de mal, pour ne pas avoir à dire "je te baise mais ça ne durera pas, n'espère rien". C'est pas possible d'être sérieusement avec quelqu'un comme moi. Je veux dire, c'est pas à moi que tu vas tenir la main dans la rue, c'est pas moi que tu vas emmener boire un verre. Ce serait plutôt à cette nana que tu regardes souvent, et qui est très belle. Mais moi je suis une fille, j'ai encore treize ans et l'espoir que pour moi, tu vas changer. Et j'ai deux mots coincés au fond de la gorge. Mais je ne peux pas te les dire, parce que sinon tu vas t'envoler.

Ou peut-être pas. Peut-être qu'au fond c'est moi qui me fais des films. Que j'imagine trop de trucs, que c'est toi qui t'accroches et moi qui m'en fous.

Mais là tu me regardes, et tout ce que je sais, c'est que je ne sais plus rien. J'ai oublié comment je m'appelle, et j'ai oublié où j'habite. Tu me fais peur. Pas parce que tu pourrais me frapper, me contraindre à quoi que ce soit, non. Parce que toi aussi tu pourrais prononcer deux mots qui me feraient dégringoler, disparaître, deux mots que je ne veux pas entendre, je préférerais crever directement avant.

Ca se joue entre nos mots. Les deux miens et les deux tiens. Mais comme ils font mal, on parle d'autre chose. Enfin, autre chose, c'est vite dit. On essaye de parler d'autre chose mais en réalité, dans nos regards il y a ça. Il y en a un qui dit "je t'aime", et l'autre qui dit "c'est fini".

Je sais pas comment te dire ça. Je préférerais ne pas t'en parler.

J'avais pas envie d'entendre ce que tu avais à me dire. Je ne veux pas savoir quels mots ce sont, alors j'ai trouvé quelqu'un à qui je ne dis rien du tout. Ses yeux disent "je te baise mais ça ne durera pas, n'espère rien", et moi aussi je m'en fous. Avec lui je n'ai pas peur, parce que je n'espère rien.
Par Aspirine
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Mercredi 17 septembre 2008

J'ai pas de rancoeur. C'est ce que je me dis. Même si je sais que dans cinq minutes ce ne sera qu'un petit con, et qu'il m'aura fait des tas de misères déjà oubliées. Je serai là à grommeler, à grincher, et ce ne sera qu'un immonde connard, ce sera lui le responsable de la misère du monde, de la disparition des dinosaures et aussi des réformes du capes. Mais pour l'instant, j'ai pas de rancoeur.

Faut dire que pour le moment, je ne pense pas à ma langue dans sa bouche. J'y pense pas, parce qu'il vaut mieux oublier. Sinon ce serait un connard. Sinon je lui en voudrais.

Quand je le vois, et même quand je ne le vois pas, c'est la première chose à laquelle je pense. Immédiatement. J'ai oublié ma langue dans ta bouche. Ou alors elle n'y a jamais été.

Quand les gens me parlent de lui, ou quand je parle de lui aux gens, j'ai pas de rancoeur non plus. Parce que je pense plus à ma langue dans sa bouche. De toute façon j'aimais pas sa façon d'embrasser.

Ce serait pas franchement que je le déteste, de toute façon j'ai pas de rancoeur. Et puis, tant que j'y suis à détester quelqu'un, il vaudrait mieux que ce soit quelqu'un dont c'est vraiment la faute. Quelqu'un dont je ne pourrais pas oublier la langue dans ma bouche.

L'idéal, ce serait quelqu'un avec qui j'aurais fait des tas de promesses. Comme l'Amérique du Sud. On se serait juré des tas de choses, on aurait rêvé ensemble, on aurait fait des projets. Peut-être même qu'on aurait été heureux à un moment donné. Ca aurait été plus beau, et puis ça aurait donné plus de poids à la suite. Ce serait quelqu'un qui m'aurait trahie. Quelqu'un dont je ne parviendrais pas à oublier la langue dans ma bouche. 

De toute façon, je m'étais juré, à l'époque, de ne jamais avoir de rancoeur. Ou plutôt non. Je savais que je n'en aurais pas, parce que c'était pas possible. Et aujourd'hui, je m'empêche d'y penser. A sa langue dans ma bouche. Et à tout ce qui s'en est suivi. Et j'ai pas de rancoeur.

Par Aspirine
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Mercredi 17 septembre 2008
C'est fou ce que, quand on se penche sur la question, on se rend compte que le théâtre ressemble peu à du cinéma. J'aurais pas pensé, au début. Naïvement, je m'étais dit que c'était presque la même chose, qu'il ne devait pas y avoir grande différence. Péronelle que je suis.

Sauf que sauf que. Les fous-rires au beau milieu d'une prise, l'attente d'un tas de trucs (ma concentration en premier lieu mais aussi des tas de choses intéressantes comme par exemple le cadrage, pour lequel le metteur en scène en chie un certain temps, ou encore une rallonge, ou même la charge de la batterie de la caméra), rendent les journées vachement longues sa race. Oui oui.

Mais je ne me plains pas parce qu'on rigole beaucoup avec Judith et Clara (et aussi Thibault, je ne t'oublie pas, mais t'étais pas là tout le week-end alors t'en as loupé quelques uns), et on rigole beaucoup en foirant les prises. Surtout qu'on ne peut pas dire que mon scénario soit de la plus haute volée. Mais c'est un début. Puis entre nous, on a eu un projet plus ambitieux avec Clara, sauf qu'on ne voit pas très bien comment on va pouvoir tourner ça avec nos petits moyens bidons. On pourrait revendre le script et se faire plein de thunes. Après ça, on s'achètera un chateau, et on y perdra tout notre flouze chèrement gagné.

D'où j'en déduis que le théâtre, c'est pas pareil que le cinéma, CQFD. Ce post est dissolu, ma vie est dissolue, et le capes, lui, part en couille, mais ceci est une autre histoire que je vous raconterai peut-être un jour, si j'ai pas trop la flemme.
Par Aspirine
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Mercredi 10 septembre 2008
Voilà maintenant trois mois que je vis chez ma mère, et deux semaines que j'ai décidé de vivre chez elle cette année. En conséquence de quoi je suis passée chez mon père récupérer des vêtements et des livres. 

A ce propos, il faut que je vous avoue qu'en montant la valise de livres au deuxième étage, je me suis maudite, et qu'arrivée à un étage et-demi, même si je voyais la lumière au bout du tunnel, je me suis demandé pourquoi dans ma vie je ne me contentais pas simplement de regarder la télé, ça ferait certainement moins lourd.

Je ne sais pas bien ce que je ressens, ni à propos de mon père, ni à propos de cette maison que je quitte. Il a refermé la grille derrière moi. J'ai songé que nous étions en progrès par rapport à la fois précédente où j'avais claqué la porte rageusement, et où j'étais partie comme une voleuse, sans dire un mot, tandis qu'il s'énervait par la fenêtre. Un instant, alors que la voiture s'éloignait, j'ai pris conscience que sans doute je l'aimais. J'ai tout de suite regretté cette pensée. C'est comme ça avec mon père. J'ai toujours l'impression que les choses s'apaisent, et dès qu'elles vont mieux, voilà une bonne engueulade qui s'engage. C'est pour ça que je n'exprime plus rien. C'est pour ça que je pars. Au fond, papa, te quitter c'est la plus belle preuve d'amour que je puisse te donner. Je te quitte pour qu'on ne s'engueule pas définitivement.
Par Aspirine
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Mercredi 3 septembre 2008
J'ai la furieuse impression d'être une balle de ping-pong. Il a fallu faire ceci, faire cela, aller ici, revenir, aller ailleurs, aller à un autre endroit, trouver le temps de déballer les cartons, d'installer les meubles, de remplir les étagères, de trouver ses marques, de chercher ce qui manque, d'aller faire encore autre chose, de repartir, de revenir, d'oublier un truc, de faire autre chose en même temps, de revenir chercher ce putain de truc, d'en profiter pour aller chercher autre chose auquel on n'avait pas pensé. Et dormir, jamais.

Mais malgré tout, même si au bout du vingt-cinquième meuble en kit à se taper dans les escaliers, on se jure que plus jamais, oh non jamais jamais - j'ai tellement mal au dos - on ne recommencera, c'est quand même une sensation délicieuse de se trouver en un endroit dans lequel vous placez tant d'espoirs. C'est celui où vous allez recommencer. Celui ou vous allez oublier que par le passé vous avez maintes et maintes fois fait de la merde. Ce lieu c'est celui de la rédemption. Et même si c'est faux, même si c'est juste une maison ou vous vous faites suer à déplacer des cartons qui vous emmerdent, c'est le paradis. Parce que vous y croyez. C'était l'ici d'avant qui ne cassait pas trois pattes à un canard.
Par Aspirine
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Samedi 30 août 2008
C'est quand on a enlevé toutes les photos, tout ce qui recouvrait les murs, pour remplir, pour faire moins vide, pour s'approprier, quand les cartons sont faits, quand il ne reste plus rien, que la pièce est désespérément blanche, vide, que l'on se rend compte à quel point elle signifiait peu, à quel point elle ne compte plus.

On est déjà parti quand on n'a plus ses affaires quelque part. On y est encore, mais on réfléchit déjà à là-bas. On est déjà là-bas.

Lundi, c'en sera fini de tout ça. Le trop plein de l'évier non raccordé, les fenêtres qui ferment mal, les portes qui ne ferment pas, les poutres mal isolées, la cuisine minuscule, l'entassement, le camping.

La fin d'une époque à la noix.

(J'aurais aussi pu vous dire "je déménage" mais franchement, avouez que ça aurait eu carrément moins de gueule).
Par Aspirine
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Mercredi 27 août 2008

Il ne vous aura pas échappé que le nouveau Batman est sorti. Ou alors vraiment, je ne sais pas ou vous vivez. J'ai donc été le voir, mais je vais pas vous bassiner avec, parce que soit vous l'avez vu et vous avez votre propre opinion, soit vous vous en foutez. Enfin si, allez, quand même. Pour tout vous dire, c'est trop américain pour moi. Enfin, sur le coup j'ai apprécié, mais la fin, et même des trucs dedans d'ailleurs, m'ont laissé un goût amer. Bref.

En revanche, du coup j'ai décidé de combler quelques lacunes dans ma culture comics, et j'en ai vu deux autres : Batman Forever (celui avec Val Kilmer, Tommy Lee Jones et Jim Carrey), et Batman le Défi (de Tim Burton, avec Michael Keaton). Le premier n'est pas terrible. En fait, plus le film avance, et plus les clichés pleuvent. Mention spéciale à Robin posant sur les rochers, la cape flottant dans le vent, qui m'a fait pousser un hurlement tellement c'était de trop. Mais je savais qu'il serait nul, alors je ne lui en ai pas trop voulu.

Le deuxième, lui, c'est une autre paire de manches. A l'époque, manifestement, soit Burton ne savait pas encore s'entourer, soit il avait laissé son talent au vestiaire. C'est encore plus bourré de clichés, si toutefois c'est possible, ainsi qu'agrémenté d'allusions divers et variées au sexe, toutes plus grossières et inutiles les unes que les autres. Le scénario est tout à fait banal, avec même quelques incohérences - certaines scènes ne servent à rien sinon à montrer qu'on s'est fait chier pour les décors. Sans compter que les effets spéciaux ne sont pas franchement tout jeunes. Vous l'aurez compris, c'est un bon film en cas d'insomnie. Ou alors si vraiment vous n'avez rien à foutre. Je comptais voir aussi le premier Batman de Burton, je vous avoue que j'hésite, là.

Par Aspirine
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Lundi 25 août 2008
Hier, j'ai recommencé à écouter la radio. Eh oui, joie, bonheur. Et cette fois-ci, c'est notre bien-aimée ministre de l'intérieur qui nous fait part, avec tout son sérieux, de ses profondes réflexions à l'annonce de la mort des alpinistes suite à la catastrophe que vous savez (à peu près, j'ai pas noté la citation cette fois-ci, j'avais perdu mon stylo) :

"La montagne, c'est un lieu merveilleux, mais qui peut aussi présenter des risques". 
 
Sans déconner. Dis-donc, je sais pas si on t'a dit mais ça s'applique pas seulement à la montagne. Prendre un bain, par exemple, c'est merveilleux mais ça peut présenter des risques. Demande à Claude François.
Par Aspirine
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Vendredi 22 août 2008
Ca fait bientôt dix minutes que je retourne et re-retourne le coussin sur lequel je suis adossée en espérant qu'il va se transformer en glaçon géant. Je crève de chaud. Je voudrais une piscine de glaçons, un océan de glaçons, un monde de glaçons.

Je me dis qu'avoir eu le courage de me traîner dans la douche tout à l'heure, c'était beau, mais c'était une idée de merde. Maintenant je suis encore plus mal qu'avant quand j'étais sale, que je puais, que mes cheveux étaient gras.

Ma gorge me fait mal. Ou plutôt non. Elle ne me fait pas mal, elle me fait pire. Mais ça ne se dit pas. Je me demande si je vais mourir de chaud, de mal de gorge, de fièvre et tout ça. Ca me soulagerait. Mais mourir d'une angine, c'est quand même pas classe. C'est gratuit, c'est con. Je préférerais par exemple mourir comme dans un film, Les Incorruptibles, mettons. C'était douloureux, mais c'était de la mort, de la vraie, avec du sang, des vrais méchants cruels et tout le toutim.

Ou alors sinon je peux attendre que mes antibiotiques fassent de l'effet. Mais c'est dur, vous savez.
Par Aspirine
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Jeudi 21 août 2008

Mes chéris, je voulais vous faire une belle note pour vous dire que je suis rentrée de vacances, mais malheureusement un espèce de kamikaze m'a forcée à dormir avec juste un drap. Et ce alors que l'hiver est bientôt à nos portes. Toute l'année en fait, avec le réchauffement climatique. J'ai bien le droit d'exagérer un brin.

Et donc actuellement, j'ai de la fièvre, le cerveau en vrac ainsi que le corps, et je sens que je vais me recoucher d'ici peu. Je n'ai jamais dormi que dix-sept heures cette nuit, après tout.

Si je pouvais, vous auriez tous droit à un bisou, histoire que personne n'en réchappe. Ya pas de raison, à la fin.

Par Aspirine
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