Ceux qui prétendent qu’il est impossible de remonter le temps ont tort. On peut. En fait, c’est même très simple. Il suffit comme moi d’avoir un ordinateur, et surtout de ne jamais rien supprimer. Il faut tout laisser s’entasser dans des tas de dossiers, à des tas d’endroits. Et un beau jour, remonter ses manches et dire « allez, je fais du ménage ».
Inutile de vous dire que prendre une telle décision, ce n’est pas rien. Moi par exemple, j’ai mis un bout de temps. Et plus long encore est le temps passé à trier. Machin.doc, mais c’est quoi ça ? Ouvrir machin.doc, tout relire, et essayer de se rappeler. C’est pas de moi ça. Mais ça peut être à qui ? À truc ? Ahhh, mais si, à l’autre là, ah oui je me rappelle, olala, mais ça fait au moins cinq ans que j’ai plus de ses nouvelles. Je pourrais peut-être reprendre contact, on s’entendait bien.
Faire le ménage, c’est se retrouver virtuellement entouré d’un tas d’amis, de tas de connaissances plus ou moins
lointaines. Au début c’est enthousiasmant, on pourrait retrouver tellement de monde. Et puis on se rappelle qu’on s’est brouillé avec truc, que machin, bah, il a fini par être soûlant, qu’un
autre s’est vexé pour une broutille, que décidemment on en regrette un autre encore mais que la vie c’est comme ça, on ne peut pas consacrer de temps à tout le monde, on fait le tri sans s’en
rendre compte, et après il n’y a plus qu’à constater. C’est un peu triste au début, et après ça passera. En ce moment, je suis dans la phase « un peu triste au début ». Je pensais que
ça m’isolerait totalement, mais non. Je me rappelle plein de choses ; je me retrouve à quatorze ans, à quinze ans, je me rappelle comment j’étais, et je constate l’ampleur du chemin
parcouru. J’ai l’impression d’être un personnage sorti d’un tableau. Je regarde le tableau, il n’est pas mal mais j’y suis étrangère désormais. Je le vois de l’extérieur, et même si je voulais,
je ne pourrais pas y retourner.
Ça m’a fait du bien de faire du ménage, je crois. J’ai besoin de ça pour comprendre, pour pardonner, et, paradoxalement, pour me sentir plus proche de ceux qui m’entourent.
Je me relis et, mon Dieu, c’est affreusement guimauve. Je ne sais pas si c’est mieux que quand je me plaignais. Enfin j’en ai besoin, et de toute façon vous n’aurez que ça à vous mettre sous a dent en attendant la suite.
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